Syndromes (2001)

Dans les quartiers d’affaires, les êtres costumés, stressés, pressurés -”les cadres”- qui respectent, appliquent et pérennisent la règle pyramidale du jeu, n’ont pas toujours eux-mêmes la perception de l’aliénation à laquelle ils sont soumis ; douce barbarie à laquelle ils adhérent. Vêtus de polyester, évoluant dans des non-lieux de verre et d’acier, confinés dans des espaces tapissés d’acrylique, entourés de meubles aux matières et aux tailles codifiées et signifiantes, absorbant des aliments synthétiques, ces êtres toujours humains, parfois passionnés, parfois accablés, ne semblent plus être que des icônes vidéo émises par l’émetteur hertzien d’une chaîne de TV folle et muette. Oui, ces corps réprimés ou amollis ne sont plus que des images. Ils ont basculé en virtualité. Pourtant, ils se comportent volontiers comme des images. Ils se conforment à une image d’eux-mêmes. Image qu’ils ont voulue. Image qu’on leur impose, mais image qui les cannibalise. Et lorsqu’ils se détendent, ils deviennent flous. Spectres blafards errant dans une absurde modernité, ils peuvent disparaître brusquement, s’évanouir en tournoyant dans un éther plus grésillant que les néons de leur monde. Et ils le savent.
Leur environnement, leur matériel, leurs accessoires, leurs relations, leurs expressions sont électriques. La tension est toujours diffuse, souvent visible, presque palpable. Une étincelle suffirait peut-être pour que leurs circuits s’enflamment. Pour que leurs fusibles fondent.


Francis Mizio